David Serero et son nouvel album, "All I care about is love".

David Serero et son nouvel album, “All I care about is love”.

La pression des stands. La tension des coulisses. Le bruit des moteurs. Les éclats d’une voix. La recherche de la performance ultime. Le dépassement de soi. Que ce soit en Formule 1 ou dans l’Opéra, les foules s’extasient devant des symphonies, des ballets incessants de voitures ou de chorégraphies et autres changements de pneus ou de costumes. Par un bel après-midi d’été sur une terrasse de café au centre de Tel-Aviv, j’ai rencontré David Serero, chanteur baryton et passionné de sports mécaniques. Bien que nous portions le même nom, nos routes ne se sont croisées qu’en de rares occasions. Même si nous ne partageons aucun lien naturel de parenté, nous appartenons à la même famille celle des amoureux de musique et de Formule 1. Interview.

D’où vous est venu cette idée de lier opéra et Formule 1?

J’y trouve beaucoup de similitude car il y a beaucoup de préparation et les risques sont toujours importants. Il n’y a jamais rien d’acquis même avec plusieurs années d’expérience. J’ai une passion pour les voitures de sports et en particulier pour la F1 et ses Grand Prix.

 Comment expliquer cette passion pour la Formule 1?

J’ai toujours aimé les belles voitures et pour moi la F1 est à la voiture ce que l’opéra est à la musique! De plus, je pilote régulièrement sur circuit. Je considère aussi que l’Opéra est aussi un sport extrême en plus d’être un art !

Avez-vous eu la chance d’assister à un Grand Prix de Formule 1?

Oui à plusieurs reprises. Mon préféré est celui de Monaco pour son ambiance et ses soirées…

Quel rapport avez-vous constaté entre votre métier de baryton et la Formule 1?

Que ce sont tous deux des sports extrêmes ! On ne peut jamais être à 100% sur du résultat. On a beau avoir « un nom », tout est remis en jeu chaque soir. On est vraiment « nu » sur scène, avec pour seul arme : Le travail ! Notre capacité à gérer le stress et offrir le meilleur de nous même en fait aussi partie.

On sait que les pilotes de F1 s’astreignent à une préparation physique et psychologique très dure avant et pendant la saison pour gérer au mieux les 18 GP de l’année, peut-on dire la même chose d’un chanteur d’opéra, comment se passe votre préparation physique pour encaisser les tournées et aussi les promotions de vos œuvres?

C’est exact, on se soumet à une très forte préparation. Le mieux on est préparé, le mieux on sera confortable sur scène. Le plus souvent possible je m’impose un sommeil réparateur et les jours de spectacles j’évite de répondre au téléphone pour ne pas fatiguer ma voix. J’ai de la chance d’avoir une nature vocale et physique très solide ce qui me permet d’enchainer autant de spectacles dans l’année (près de 80 ndlr), les répétitions, les enregistrements, voyages, interviews, séances photos, tournages…etc. Personne n’est invincible et il faut prendre bien soin de notre instrument. Ceci dit, je ne me plains pas et ne changerais pour rien au monde ce rythme!

  Comment se gère physiquement et nerveusement un concert de 1h30 voire 2h où il y a comme en F1, des changements de pneus sauf que chez vous, ce sont des changements de costumes, de décors, de personnages? Comment faites-vous pour incarner plusieurs personnages au cours d’une représentation?

Je donne beaucoup de concerts tant en alternant avec des rôles chantés et joués. Ce sont des exercices très différents et je suis content de pouvoir alterner ceux-ci. Il est beaucoup plus difficile de donner un concert solo que de chanter un rôle. Car lorsqu’on chante un concert on est non-stop sur scène, sans arrêts. Personnellement sur scène, je ne suis pas du genre m’économiser, mais plutôt à tout donner. Je perds par concert près de 3kgs (j’ai vérifié !). Mais rassurez vous après le concert, grâce au bon repas d’après spectacle, je les reprends ! (rires)

Quelle est l’influence de l’environnement lors d’une représentation. On sait qu’un moteur de F1 est très sensible aux écarts de températures, comment un chanteur comme vous s’adapte aux fluctuations de cet environnement à savoir le public, le climat, les acteurs sur scène? Quels types de conduite adoptez-vous?

Il faut se protéger au maximum et se couvrir lorsqu’il fait froid. Ne pas trop parler dans un avion à cause du bruit des moteurs et s’hydrater beaucoup car la climatisation et le changement de températures assèchent les cordes vocales, tout comme les voyages. Je pense qu’il faut y prendre soin sans non plus devenir paranoïaque car le mental et bien être d’un chanteur est aussi très important. Un chanteur bien dans sa peau qui se sent aimé donnera beaucoup plus sur scène ! Un opéra, c’est avant tout la réussite de toute une équipe de passionnés.

En Formule 1, on dit que la puissance du moteur et sa gestion font les différences entre les voitures, chez les chanteurs, c’est la voix. Elle est même le facteur principal du talent. Pour vous avoir entendu chanter, votre coffre est en tout point impressionnant. Le talent d’un chanteur se mesure t-il à la puissance de sa voix?

Non malheureusement pour moi ! Au début de ma carrière j’impressionnais tout le monde par la puissance de ma voix puis je me suis moi même lassé…chanter n’est pas « juste faire du gros son » c’est avant tout une question de « feeling », d’expression. J’ai appris nuancer mon chant et jouer sur la beauté du timbre et de ses couleurs. Je suis de nature très expressive et j’aime m’exprimer de façon forte ! Chacun apporte sa propre approche d’une œuvre, c’est ce qui est beau dans la musique.

On évoquait les différences de température pour un moteur et justement une voix est très sensible au moindre écart de degré dans l’air ou dans une pièce, comment gérez-vous ces variations? Y-a-t-il différentes techniques pour éviter la panne? Y-a-t-il comme en F1, une sorte “de tour de chauffe” avant un concert?

L’entretien d’une voix est primordial ! Il est important de la conserver malgré les voyages, changements de climats. Je m’impose une hygiène de vie solide. Je sors de temps en temps car le moral d’un chanteur est important, je ne bois pas d’alcool, je n’ai jamais fumé de ma vie, ne bois pas de café et j’ai appris à avoir un sommeil réparateur la veille de concerts. Avant de chanter je prépare ma voix pendant une heure. Et avant de partir au théâtre je fais près de deux heures de préparation physique. Il y a souvent des jours de fatigue…c’est pour cette raison que nous avons la technique de chant pour chanter sans abimer son instrument. Il est important de savoir s’organiser comme voyager toujours la veille d’un concert afin d’éviter de le faire le jour même. La difficulté d’un chanteur est qu’il est à la fois le violon et le violoniste. Lorsqu’un violoniste est fatigué, il pose son violon. Ou si celui ci est cassé, il peut le changer. Pour un chanteur c’est très diffèrent puisqu’il est l’instrument ET l’instrumentiste. Il doit apprendre à conserver son instrument et savoir se reposer s’il souhaite chanter toute sa vie.  Je fais tous les jours une heure minimum uniquement de technique vocale pour maintenir mon instrument en bon état afin d’optimiser au mieux ses performances.

Qu’est ce qui fait la différence entre une voix exceptionnelle et une belle voix standard? Je pose la question car en F1, il y a la Ferrari et la Red Bull et dans le même Grand prix il y a la Catherham ou la Marussia, ça reste de la F1 mais on voit bien que les quatre écuries citées ne boxent pas dans la même catégorie?

On a la voix qu’on nous a donnée. Dans la vie il y a différentes personnalités, et celles ci se reflètent au travers des voix. La voix est le reflet de la personnalité. C’est la carte d’identité vocale d’un être humain ! Chacun exprime un sentiment avec sa personnalité qui est le reflet de son éducation, origine, parcours…etc. Autrement dit, si tout le monde avait la même voix, croyez moi on s’ennuierait très vite.

David Serero en compagnie de Jermaine Jackson lors de l'enregistrement de leur version "des Feuilles Mortes" de Montand.

David Serero en compagnie de Jermaine Jackson lors de l’enregistrement de leur version “des Feuilles Mortes” de Montand.

J’ai écouté votre version des Feuilles Mortes avec Jermaine JACKSON et vous êtes parvenus à offrir une nouvelle mélodie et un nouveau son inédit à cette chanson exceptionnelle, comment parvenez vous à mettre votre approche personnelle sur cette chanson qui possède déjà ses propres caractéristiques?

Un chanteur à une personnalité unique. J’ai apporté ma version avec mon propre feeling. J’ai enregistré ce duo avec Jermaine JACKSON qui avait une voix à la Nat King Cole. Je lui ai proposé cette chanson ainsi que celles qui ont fait l’album I WISH YOU LOVE qui est son dernier album que j’ai entièrement réalisé et produit. Je n’ai pas cherché à imiter Yves Montand mais à laisser parler ma voix et exprimer mes sentiments à ma façon. Je ne cherche jamais à jouer au chanteur d’opéra ou à faire de la technique. Chercher une interprétation personnelle est beaucoup plus difficile et c’est finalement ce qui reste dans le cœur du public. Notre duo apparaît aussi sur mon dernier album ALL I CARE ABOUT IS LOVE qui vient de sortir. Sur ce dernier album j’ai interprété plusieurs styles et genres différents de grands standards de Broadway et de chansons du monde, le tout à ma façon.

En F1, on parle du ballet des ravitaillements, c’est ce moment où tous les mécaniciens de l’équipe sortent en même temps de leur garage et dans une synchronisation parfaite changent les pneus de la voiture, peut-on dire que lorsqu’on joue un opéra, c’est la même symphonie, tout doit être au millimètre, parfait, quasi militaire pour que cela réussisse?

C’est très similaire dans les opéras, ce sont les compositeurs qui ont pensé et écrit au millimètre les partitions car c’est aussi le succès de toute une équipe de passionnées faite de choriste, musiciens, techniciens, solistes, tous dirigés par un metteur en scène et un chef d’orchestre, le tout au service d’un compositeur pour le bonheur du public !

Je sais que vous enchaînez les dates aux quatre coins du monde, mais, est ce que, comme les pilotes, vous vous accordez des temps de pause?

Malheureusement aucun….j’arrive à prendre quelques jours (2 à 3 jours) tous les six mois. Ce ne sont pas vraiment des vacances car je continue toujours à penser au travail, à de nouvelles interprétations, d’autres répertoires. Je suis un « workaholic » qui pense et travail 24h/24h, un vrai cauchemar pour mon entourage ! (Rires)

Enfin dernière question, en Formule 1, le danger existe à chaque virage, à chaque dépassement, chez le chanteur d’opéra, quel est son pire cauchemar, existe t-il un danger permanent? (Pertes de voix, pas de public, sifflets…?)

Effectivement, le danger existe toujours. C’est ce qui fait aussi la beauté de notre profession. Rien n’est acquis et tout est à prouver. C’est pour cette raison que sur scène, une chose paye : le travail. Je me prépare à 200% pour pouvoir espérer me retrouver avec au moins 100% de mes capacités durant la représentation. Il y a aussi l’expérience qui rentre en jeu comme gérer sa voix, être à son écoute, savoir quand elle vous dit « stop » ou  « OK je te rends service cette fois car c’est bien payé, mais la prochaine fois ca ne sera pas possible » (rires). Il vaut mieux l’obéir comme un pilote obéis à son moteur. Le moteur est au pilote ce que le chanteur est à sa voix : TOUT !

Le clip des “Feuilles Mortes” interprêté par Jermaine Jackson et David Serero.

http://www.youtube.com/watch?v=-ePszRr_JDE

David Serero pilote la Ferrari F458 F1 sur circuit.

https://www.youtube.com/watch?v=K9MizhH774U