Nous sommes le mercredi 14 novembre 2012, l’aviation israélienne lance un raid contre le commandant en chef de la branche armée du Hamas, Ahmed Jabari. Les forces aériennes de Tsahal atteignent leur cible. Jabari est tué sur le coup. Une opération ordonnée en riposte aux tirs de roquettes incessants qui s’abattent sur le territoire israélien depuis le début de cette année 2012. Selon les chiffres publiés par Tsahal, c’est environ mille roquettes qui ont atterri sur le sol israélien depuis le début de cette année

Peu de temps après l’élimination du commanditaire de la capture de Guilad Shalit en juin 2006, l’aviation de l’armée israélienne lance l’opération “colonne de fumée” et cible plusieurs sites abritant les lance-roquettes de l’organisation terroriste de la Bande de Gaza. Une semaine durant, les tirs de roquettes et autres obus de mortiers du Hamas précédent les ripostes de l’armée de l’air de l’État Hébreu. Le bruit des sirènes retentit pour la première fois depuis la première guerre du Golfe à Jérusalem et Tel-Aviv. Les Israéliens prennent le chemin des abris et scrutent le ciel pour assister, heureux, à l’anéantissement des missiles Fajr de fabrication iranienne par le système de batterie anti- missile, Dôme de fer.

Le mercredi 21 novembre à 21h34, Tsahal a rempli ses objectifs et Israël tombe d’accord avec la médiation américano-égyptienne sur un cessez-le feu avec le Hamas et les autres organisations terroristes.

Ces sept jours de novembre vont, ainsi, marquer un tournant dans l’Histoire du Hamas, et ce, pour les raisons suivantes.

1.Mohamed Deif, l’hydre du Hamas.

Le visage de Mohamed Deif avant l'attaque de l'aviation de Tsahal de septembre 2002

Le visage de Mohamed Deif avant l’attaque de l’aviation de Tsahal de septembre 2002

L’assassinat de Jabari va, dans un premier temps, laisser le Hamas sans stratégie apparente dans sa lutte armée contre Israël. Mais dès les premiers mois de l’année 2013, un homme va profiter de l’hydre Hamas va renaitre de ses cendres et faire jaillir du néant un homme. Son nom: Mohamed Deif.

Deif n’est autre que le commandant de l’organisation terroriste Azzedine Al-Kassam. Tsahal avait, d’ailleurs, tenté de mettre fin à ses jours au mois de septembre 2002, mais après avoir annoncé prématurément sa mort, les services de renseignements israéliens se sont vus contraint de révéler que le terroriste avait survécu à l’attaque menée par l’aviation israélienne. Le raid de Tsahal a tout de même laissé Mohamed Deif sur une chaise roulante amputé de ses bras et de ses jambes avec un œil en moins. Ainsi, malgré son état de santé critique, l’ex-aide de camp de Yehia Ayach, (“cerveau” des attentats-suicides contre Israël) a vu sa côte de popularité monter en flèche parmi les sympathisants du Hamas qui ont vu en lui l’héritier naturel du Cheikh Yassine, tué, lui, par l’armée israélienne en mars 2004.

À ce propos, les deux hommes cultivent la ressemblance du “héros- martyr” sur chaise roulante symbole de la lutte palestinienne contre Israël. A l’image de son sinistre prédécesseur, Deif dirige les opérations de la branche armée du Hamas depuis son fauteuil roulant. C’est lui, par exemple qui a ordonné d’accroitre les actions du Hamas en Judée-Samarie et de creuser de nouveau des tunnels de contrebande d’armes en bordure du territoire israélien.

Ainsi, au travers de sa personnalité et de son sens du commandement, Deif a sorti le Hamas de sa torpeur née au lendemain de l’opération “colonne de fumée” et de son incapacité à riposter au Dôme de Fer mise en place par Israël.

Toutefois, malgré l’avènement d’une nouvelle figure de proue au sein de l’organisation terroriste, l’année 2012 et le début 2013 rimeront avec erreurs et échecs pour le Hamas.

2/ Erreurs stratégiques avec les frères musulmans égyptiens.

Le président égyptien, AbdelFatah Al Sisi livre une lutte sans merci aux organisations terroristes dans le Sinaï.

Le président égyptien, AbdelFatah Al Sisi livre une lutte sans merci aux organisations terroristes dans le Sinaï.

Le chaos égyptien et les soubresauts incessants à la tête du pouvoir exécutif du Caire ont fortement ébranlé les fondations du Hamas. Selon l’ex-ambassadeur israélien en Égypte, Zvi Mazel, l’organisation terroriste en poste dans la Bande de Gaza “se trouve actuellement affaiblie”. L’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans en Égypte avait été saluée, en son temps; par les dirigeants du Hamas qui espérait profiter d’un soutien crédible et solide dans sa lutte contre Israël et l’Autorité palestinienne contrôlée par le Fatah”.

Or, le scénario programmé par les responsables de l’organisation ne s’est pas déroulé comme prévu. En effet, selon Zvi Mazel, “L’ex-Président Mohamed Morsi s’est vu confronter dans l’arène intérieure à des problèmes insolubles et a laissé l’armée régulière égyptienne contrôler le Sinaï pour tenter de juguler les groupes terroristes.

Une décision lourde de conséquences puisqu’elle est l’une des causes de la chute de Morsi du pouvoir. Zvi Mazel affirme que “les relations entre l’armée égyptienne et le Hamas ont toujours été tumultueuses, et ce en raison, des nombreuses alliances entretenues par le Hamas avec l’Iran pour l’approvisionnement en armes, roquettes et explosifs via le Soudan et l’Égypte. Tout ce système de contrebande d’armes était censé finir sa course dans les caches mises en place dans la Bande de Gaza. Pour favoriser le transfert des armes en Égypte vers la région du Sinaï et la Bande de Gaza.

Dans un second temps, l’organisation terroriste a recruté des Bédouins, réputés hostiles au gouvernement du Caire mais aussi désespéré devant le manque de développement de la péninsule”. L’insertion bédouine dans le trafic de contrebande d’armes a, selon Mazel, “favoriser l’implantation dans le Sinaï de plusieurs groupes jihadistes proches d’Al-Qaïda”. Ainsi, dit-il, la région du Sinaï est devenue une plaque tournante du terrorisme international constituant un danger pour la sécurité de l’Égypte mais aussi pour Israël”. Et d’ajouter, enfin, que par crainte de perdre le pouvoir, Morsi a évité de se lancer dans un conflit d’envergure pour chasser ces organisations terroristes du territoire égyptien. En réponse, l’armée a fait le travail pour lui.  Elle s’est chargée de le destituer, le nouveau chef d’État égyptien, le général Abdelfatah Al Sisi a accusé le Hamas de mener des actions subversives contre son armée . En conséquence, le leader du Caire s’est lancée dans une lutte sans merci contre les groupes terroristes en poste dans le Sinaï.

L’analyse de l’ancien représentant israélien au Caire permet, ainsi, d’éclaircir l’erreur stratégique commise par le Hamas. Une faute d’appréciation qui remet, aussi, en cause ses relations avec ses alliés syriens et iraniens

3/La rupture avec Assad et le désaveu iranien

Au lendemain de la victoire des frères musulmans en Égypte, le Hamas et Khaled Meshaal décident de fermer les bureaux de leur représentation internationale à Damas et fait, ainsi, le choix de quitter la Syrie pour le Liban, le Qatar et l’Égypte.

Une décision qui a pour conséquence de provoquer l’ire de Téhéran. Pour le régime des mollahs, l’organisation terroriste a piétiné le pacte  historique avec Bachar El Assad et a clairement choisi le camp des opposants au régime du président syrien.

En conséquence, Téhéran va décider de mettre fin au financement accordé au Hamas. Depuis, Khaled Meshaal tente par tous les moyens de convaincre l’Ayatollah Ali Khameini de revenir sur sa décision, mais d’après les observateurs avisés du dossier, la République Islamique n’a aucun intérêt ni envie de rétablir ses relations avec l’organisation terroriste au pouvoir dans la Bande de Gaza. Un choix motivé par le désir de normalisation des relations avec l’Occident souhaité par les nouveaux dirigeants de Téhéran. Pour rappel, les États-Unis considèrent toujours le Hamas comme une organisation terroriste moyennant quoi un rapprochement iranien avec le Hamas serait mal perçu par les grandes puissances occidentales.En revanche, cela n’empêche pas la République Islamique de soutenir le Jihad Islamique dans la Bande de Gaza.

4/ Le Hamas contesté aussi dans la Bande de Gaza.

Malgré ses démonstrations de force, le Hamas s'est largement affaibli depuis un an

Malgré ses démonstrations de force, le Hamas s’est largement affaibli depuis un an.

Et ce soutien provoque des remous dans les affaires internes de la Bande de Gaza. Le Hamas et le Jihad Islamique se livrent, en effet, une guerre sans merci depuis de nombreux mois déjà. En cause, le soutien financier et militaire accordé par l’Iran au Jihad. Une aide que le Hamas jalouse et conteste. Cet appui de Téhéran permet, ainsi, au Jihad d’accroitre son influence sur la rue gazaouie, et d’aider financièrement les familles, notamment celle des prisonniers retenus en Israël.

L’autre point de discorde du Hamas concerne ses relations avec le Fatah et l’Autorité Palestinienne. Les dirigeants de l’organisation terroriste accusent Mahmoud Abbas “d’être à la botte des sionistes”. La direction du Hamas peste aussi contre les arrestations, qu’il juge “arbitraires” de plusieurs de ses membres en Judée-Samarie. Ces tensions expliquent en partie l’échec de l’union palestinienne tant rêvée mais qui ne verra, sans doute, jamais le jour, comme l’affirme Zvi Mazel. L’autre raison de ce désamour découle des velléités du Hamas de s’implanter durablement en Judée-Samarie et ainsi se confronter au pouvoir du Fatah dans cette région. Pour le moment, le Hamas est battu à plat de coutures par la formation dirigée par Mahmoud Abbas.

4/ Un changement de stratégie?

Au lendemain du 21 novembre 2012 et de la fin de l’Opération “colonne de fumée”, les dirigeants du Hamas se sont rendus à l’évidence, non,  les tirs de roquettes n’ont pas fait plier Israël et son armée. La mise en place du système de batteries antimissile Dôme de Fer a changé la donne dans le conflit que se livrent le Hamas et l’État Hébreu.

Ainsi, après s’être concerté avec leurs alliés iraniens et du Hezbollah libanais, les responsables de l’organisation terroriste ont choisi l’option de raccourcir les affrontements contre Israël, et d’encourager la  production de roquettes longues portées, de missiles modernes équipés de laser capable d’anéantir des tanks et autres blindés, et de missiles portables à l’épaule censés perturber la circulation des avions de chasse israéliens dans l’espace aérien de la Bande de Gaza.

Autre option stratégique choisie par le Hamas, creuser des tunnels de contrebande d’armes pour favoriser la circulation des terroristes et éviter les pertes humaines en cas de conflit avec Israël. La dernière opération en date de Tsahal visait justement un de ces tunnels qui devaient atteindre le Kibboutz Ein Hashlosha situé en lisière de la Bande de Gaza. La galerie souterraine était truffée d’explosifs et des gardes du Hamas ont ouvert le feu contre les soldats israéliens. Résultat: 5 blessés parmi les forces de Tsahal.

Au final, en un an, le Hamas a perdu de sa force de sa superbe. Son statut et son crédit sur la scène internationale et dans les affaires internes se sont considérablement affaiblis.Il apparait clairement que l’organisation terroriste n’est, aujourd’hui, pas en mesure d’enclencher un nouveau conflit contre Israël, et ce, pour le plus grand bonheur des habitants des localités du sud du pays.

 

* Article réalisé en collaboration avec Zvi Mazel, ancien ambassadeur d’Israël en Égypte.