Sans me prétendre géopolitologue ou expert militaire, je viens d’entendre le discours du secrétaire d’État américain, John Kerry et j’aimerais savoir si quelqu’un peut m’expliquer, qu’est-ce-qu’une attaque ponctuelle américaine contre la Syrie? Personnellement, je ne comprends pas. Vont-ils pilonner les installations militaires syriennes pendant 24 heures et vont, ensuite, repartir en chantant “God Bless America”? Pensent-ils vraiment sérieusement pouvoir anéantir la Syrie et Assad en 24h sans qu’il n’y est aucune réaction des principaux acteurs de la région.

À l’heure où le Proche-Orient est en pleine révolution. Je pense qu’une éventuelle attaque américaine en Syrie marquerait l’échec final de sa politique étrangère dans la région. Si l’on déroule le fil de l’Histoire, l’Amérique court après sa gloire perdue un certain 11 septembre 2001 et force est de constater qu’elle ne parvient plus à exercer une pression suffisante sur toutes les populations de la région.

En effet, le 11 septembre, le Moyen-Orient et le monde musulman sont parvenus à frapper au cœur du territoire américain et sa ville symbole, New-York. Une bande d’être humain originaire de différents pays musulmans à travers le globe ont déjoué toutes les barrières de sécurité pour attaquer l’Amérique. Ces hommes ont profité de la patiente organisation d’un réseau mondial soutenu et financé par plusieurs États (Iran, Qatar entre autres) qui au lieu de miser sur le développement de leurs industries d’armement classique ont préféré créer des cellules d’hommes mais aussi de femmes capables de faire aussi mal qu’un missile tiré depuis un avion de chasse. Pour preuve, les réseaux terroristes mondiaux (chiite ou sunnite) ont, malheureusement, révélé leur efficacité au niveau du nombre impressionnant des victimes mais aussi d’un point de vue psychologique. Les politiques mises en place par les chancelleries occidentales pour prévenir les attentats et les soulèvements dans les pays musulmans démontrent assurément l’impact psychologique considérable de l’action terroriste à travers le monde.

Le travail de sape des réseaux terroristes a eu pour effet de frapper et tuer le plus grand nombre de personnes dans des lieux fréquentés au quotidien par les populations agressées. Le champ de bataille changeait d’épicentre pour passer de la conquête de territoire à la simple de terrasse de café. Si ces attaques contribuaient à installer la peur dans les sociétés occidentales, elle contribuaient, en revanche, à gonfler l’orgueil des populations arabes bien heureuses de parvenir à faire plier l’Occident et son mode de vie.  Ainsi, toutes ces cellules et autres réseaux ont convaincu les opinions arabes qu’être terroriste est un moyen d’exprimer sa liberté de penser, d’être militant pour une cause “juste”, c’est déclarer sa propre liberté contre le monde occidental, c’est le combattre et “résister”, c’est aussi l’affirmation du moi arabe dans sa lutte contre Israël. Que ce soit les Tunisiens, les Égyptiens, les Libyens, les Yéménites, tous n’aspirent, aujourd’hui, qu’à une chose, mourir en martyr pour la liberté et la protection de l’Islam.

En ce sens, le discours prononcé, en juin 2009, par Barack Obama à l’Université du Caire a scellé les certitudes des opinions arabes concernant l’importance prise par l’Islam dans les consciences occidentales. En témoigne ce court extrait:

“Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d’une minorité de musulmans, qui pour être réduite n’en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l’islam inévitablement hostile non seulement à l’Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l’homme. La peur et la méfiance se sont ainsi accentuées.
Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.”

Barack Obama lors du discours du Caire en Juin 2009

Barack Obama lors du discours du Caire en Juin 2009

En 2009, l’Amérique était empêtrée dans le bourbier irakien. Il fallait sortir le pays de ce conflit où George W. Bush avait fait croire à la planète que Sadaam Hussein cachait des armes de destruction massive. Le Président américain de l’époque s’était alors engagé à faire disparaitre Sadaam et ces armes au nom des valeurs communes partagées par le monde libre. Dans l’imaginaire de l’Amérique et de l’Occident, les armes de destruction massive ressemblaient forcément à des caches missiles nucléaires entérées dans un bunker au fin fond de Bassorah.

Sauf que 12 ans plus tard, l’Histoire prouve que les véritables armes de destruction massive, était en réalité ces mêmes êtres humains venus mains nues attaquer les États-Unis. Mohamed Atta s’est réincarné en Tunisien, en Égyptien, en Syrien, en Yéménite et en Libyen.

Oui, toutes ces populations étaient en fait des bombes à retardement. Le discours de Barack Obama au Caire n’a constitué que la mise à feu de tous ces explosifs ambulants.

Si l’on analyse le texte du Président Obama, on se rend compte que la minorité d’alors est devenue la majorité. Les extrémistes, d’hier, sont aujourd’hui, aux portes du pouvoir des différents pays arabes et sont même devenus des personnages très fréquentables. Le chef d’État américain l’a clamé, aucune méfiance, aucune discorde pour tous ces hommes épris de justice et de paix capable tout de même de tuer 3000 personnes à New York, de faire exploser un train à Madrid ou à Londres et de transformer le Proche et le Moyen-Orient en un océan de sang. Le message de Barack Obama a été effectivement reçu 5 sur 5, toutes les chaînes ont été brisées.

Ce discours marque sans conteste le début de la défaite de la politique américaine au Moyen-Orient. Il incarne la méconnaissance des cultures, des racines et du champ lexical de cette région. Les mots paix, liberté et justice n’appartiennent pas au même imaginaire en Occident et dans le monde musulman. Lorsqu’on évoque la paix en Occident, c’est tendre l’autre joue à son ennemi. Dans les pays arabes, pour avoir la paix, il faut faire la guerre. Liberté est synonyme de légèreté morale aux États-Unis, tandis que dans l’Islam, elle s’acquiert à travers le combat et en pourchassant les infidèles sur ses propres terres mais aussi partout dans le monde. Quant à la justice, elle renvoie à l’équilibre des forces en Occident lorsque dans le monde musulman, elle fait référence à la rigueur et à l’intransigeance.

Ainsi, à travers ce texte, Barack Obama a mis à nu sa propre dichotomie, celle d’un homme qui a été bercé par le Coran et élevé au Coca-Cola. Un homme sous tension entre deux types d’humanité, entre deux visions du monde diamétralement opposées. Le drame est d’avoir voulu et cru pouvoir faire rejoindre ces deux conceptions antagonique. Au contraire, cela n’a fait qu’exciter les particules des cellules et comme lorsqu’on agite la célèbre boisson gazeuse, cela explose à la face dès son ouverture.

En 2009, avant ce discours, Barack Obama avait encore le choix de pouvoir porter un coup fatal à tous ses ennemis du Proche-Orient mais il a préféré le dialogue.

Deux ans plus tôt, en 2007, Israël a vite saisi que les cellules terroristes n’était en fait que les mains armées d’Etats comme l’Iran ou le Qatar. Dès 2007 et même avant, les dirigeants de l’Etat Hébreu affirmaient que Téhéran finançaient les organisations terroristes et fournissaient en armes la Syrie. Les deux dirigeants iraniens et syriens ne s’en sont, d’ailleurs, jamais cachés, de leur volonté de coopération dans le domaine de l’armement qui devait mener à terme à la mise en service de l’arme nucléaire. (Voir petit sujet: Source Infolive TV: http://www.dailymotion.com/video/xujaf7_l-iran-arme-la-syrie-contre-israel-2007_news)

A plusieurs reprises, les autorités israéliennes ont averti leurs homologues américains du danger que pouvait représenter un axe Téhéran-Damas possédant l’arme atomique. Mais le président américain de l’époque, George W.Bush s’est enorgueillit dans ses mémoires “avoir résisté aux pressions israéliennes”. Devant le manque de courage des responsables US, l’Etat Major de Tsahal et son premier Ministre d’alors, Ehoud Olmert prirent la décision conjointe de mener deux raids aériens contre le réacteur d’Al Kibar. Dix ingénieurs nord-coréens ont été tué lors de cette Opération encore non revendiquée à ce jour par l’Etat Hébreu. Et selon des documents secrets révélés par le site Wikileaks, l’ex secrétaire d’État américaine, Condolleza Rice aurait déclaré “qu’il ne restait plus que quelques semaines avant que le réacteur ne devienne opérationnel”. Que serait-il advenu aujourd’hui si Israël n’avait pas attaqué?.

L’erreur américaine de 2007 rappelle le scénario du déclenchement de la première Guerre du Golfe. Attaque israélienne contre les réacteurs irakiens en 1981 et conflit armé dix ans plus tard. Et comme il y a 22 ans,  pour masquer l’échec de sa stratégie, l’Amérique joue les gros bras et soulève, aujourd’hui, la menace d’une attaque militaire contre la Syrie. L’utilisation par Bachar El Assad d’armes chimiques contre sa population est un moyen pour les États-Unis de faire encore bonne figure et d’enfiler son plus beau costume à savoir celui de gendarme du monde garant des valeurs de liberté.

Mais au contraire d’il y a 22 ans, tout a changé, et ce, pour les raisons évoquées plus haut. Les consciences arabes et musulmanes sont aujourd’hui bien plus mures et bien plus développées. Tous ces conflits, tous ces combats servent de moteur au monde musulman. Il se réalise de cette manière. Vouloir mettre fin à ce processus, c’est encore faire fi de ses caractéristiques propres.

Enfin, le troisième conflit irakien et le discours de Barack Obama au Caire ont fini de ruiner l’influence américaine dans la région. La vraie guerre devait être menée, tout de suite, après le 11 septembre soit le 12 septembre 2001. L’attente des États-Unis n’a fait que renforcer le monde musulman qui assistait narquois à l’effondrement de l’ogre US.

Est-il déjà trop tard. Assad et tous les dirigeants des pays arabes défient les menaces de l’administration américaine sans sourciller. Ils promettent un bain de sang. Ils savent qu’en lançant une offensive en Syrie, les États-Unis courent à leur perte au Moyen-Orient. Israël peut-elle encore leur sauver la mise et maintenir l’Amérique à flot dans la région?. Il y a 22 ans, l’Iran ne constituait pas une menace nucléaire pour l’Etat Hébreu et les dirigeants israéliens avaient laissé l’Amérique seul occuper le front irakien après avoir fait son travail dix ans auparavant. Qu’adviendra t-il de la position israélienne si l’Iran riposte à l’offensive américaine en Syrie?. Des interrogations qui prouvent que le monde a changé et qu’un nouveau est sur le point de naître.