Un regard de braise, un sourire malicieux, un talent génétique, Israël vissé au cœur et au corps, c’est tout cela Shirel. La chanteuse se produit avec sa mère Jane Manson pour deux concerts exceptionnels le 11 novembre prochain à l’Université de Netanya et deux jours plus tard dans la grande salle du Théâtre Tsavta de Tel Aviv, le 13 novembre. Le spectacle s’appelle Double Je. Double identité, double culture, double religion, double descendance, mais amour unique de D-ieu, de l’homme, de la musique et de la chanson.  C’est dans un café du quartier de Neve Tsedek, à Tel Aviv, que Shirel m’a donné rendez-vous. Une rencontre unique pour une artiste de toutes les couleurs du talent. Interview portrait.

Rendez vous pris avec la chanteuse Shirel dans le quartier de Neve Tsedek à Tel-Aviv.

Rendez vous pris avec la chanteuse Shirel dans le quartier de Neve Tsedek à Tel-Aviv.

1.Son enfance et Israël

Tout d’abord, Shirel, d’où venez- vous? Vous vous sentez Française, Israélienne? Américaine ? ou bien les trois à la fois ?

Shirel: “J’ai en effet, trois nationalités mais une seul de cœur, israélienne, bien sur, c’est la seule que je garderais si l’on devait me demander de choisir”.

Comment s’est passée votre enfance entre un père producteur de cinéma et une mère chanteuse qui voyageait aux quatre coins du monde ?

Shirel: “A vrai dire, je n’ai pas eu une enfance comme tout le monde. Je n’ai évidemment pas eu un père comme tout le monde ni une mère comme tout le monde. Mais je ne les critique pas car on apprend les choses différemment. Et je dis différemment car ce sont deux personnes extra-ordinaires, dans le sens où ce sont des gens qui sortent de l’ordinaire. Pour moi, ils sont normaux mais en réalité, ils ne le sont pas vraiment”.

Quand avez-vous découvert Israël pour la première fois ?

Shirel:J’avais douze ans exactement, je suis venue avec mon père et pour dire la vérité ce fut un chamboulement dans ma vie. J’ai su que quelque chose venait de se révéler à moi, mais je ne pouvais pas encore mettre des mots dessus. C’est seulement à l’âge de 16 ans, lorsque je suis revenue, que j’ai répondue à cette révélation en émettant le souhait de venir vivre ici en Israël. Le choc a été fatal. (Rires).

Qu’est ce qui t’a plu chez les israéliens et te plait encore ?

Shirel:”Déjà leur courage. Le courage d’être Israélien. Leur Histoire. Leur parcours.J’admire le courage de nos soldats Moi je suis juive, certes, et Israélienne mais juste sur un bout de papier. Malgré le fait que je vis ici depuis dix-huit ans maintenant, je ne me sens pas “Tsabarit” (née en Israël). Je ne le deviendrai peut-être jamais car je suis issue d’une culture différente. Mais c’est aussi cette culture juive multiple qui fait la force de ce pays. Il existe un lien quasi subliminal entre les gens. Enfin, je pense aussi que les Israéliens sont des gens qui aiment se dévouer”.

Pourquoi défendre Israël ?

Shirel: “Tout simplement parce que cela va de soi pour moi. C’est une question de survie. Si en tant que juif, vous ne défendez pas Israël, vous n’avez plus qu’à vous jeter par la fenêtre”.

Qu’est ce que vous conseillerez à Israël pour améliorer sa communication au monde?

Shirel: “Moi personnellement, je ne conseille plus rien du tout. À ce propos, si je devais refaire les émissions auxquelles j’ai participé par le passé à Paris, je le referais, mais avec une différence majeure, c’est que je me fiche maintenant de ce qui peuvent penser. Je ne suis plus du tout dans le “vouloir convaincre”. Je pense que s’ils n’ont rien compris à la situation actuelle en Israël, c’est parce qu’il faut qu’ils ne comprennent rien pour l’instant. Pour être plus clair, je prendrais l’exemple de l’épisode de la sortie d’Égypte où D-ieu endurcit le cœur de Pharaon. Eh bien, je pense aujourd’hui que D-ieu a endurci le cœur des Nations pour une révélation future”.

Vous pensez plutôt à convaincre les israéliens…

Shirel: (Elle coupe). “Ah non, je ne cherche à convaincre personne. Moi je veux juste montrer mon amour pour Israël. Je ne le montre plus en France mais je le montre ici et d’ailleurs je dois  dire que l’amour des Olims Hadashims (Nouveaux immigrants) surprend les Israéliens qui eux peuvent parfois avoir un regard cynique sur la situation. Mais je pense que leur cynisme et notre sionisme peuvent former une belle unité.

2.Musique

Auriez vous pu embrasser une autre carrière que celle de chanteuse ?

Shirel: “Ah non pas du tout. Hormis peut-être décoratrice de maison parce que j’aime vraiment ça. Il ne faut pas oublier que je suis tout de même la petite-fille d’une chanteuse, la fille d’une chanteuse. J’ai eu ma période où je ne voulais plus être chanteuse”…

Par rebellion...

Shirel: “Oui tout à fait. Il le faut d’ailleurs. Par rébellion, je voulais être puéricultrice mais lorsque je les vois aujourd’hui avec mes enfants, je dis “non merci”, je les admire vraiment, mais non.” (Rires)

Avez vous pris des cours de chants?

Shirel: “Bien sur, j’ai passé trois ans à l’École Rimon de Ramat Hasharon. Une très grande école de musique en Israël. Et j’en prends encore d’ailleurs”.

Au début de votre carrière, Shirel, les gens savaient que vous étiez la fille de Jane Manson, vous n’avez pas eu de soucis avec ça ?

Shirel:Oui, ils savaient et cela ne jouaient pas forcément en ma faveur. On pense toujours que “les fils de” ont du piston. Oui concrètement on a du piston car on côtoie les gens qui naviguent dans ce milieu mais sans talent, on n’y arrive pas. Sans prétention aucune, sans le talent, je n’aurai pas pu intégrer la troupe de “Notre-Dame de Paris” et jouer Esmeralda.

Quel est le meilleur moment de ta carrière?

Shirel: “Le meilleur moment de ma carrière c’était lorsque j’ai chanté l’adaptation en anglais de la comédie musicale “Le sel et le miel”, qui relate la création de l’État Juif. En fait peu importe où je joue cette œuvre, que ce soit à Jérusalem, New York, Los Angeles ou même la présenter à des gens dans une maison.Je ressens toujours les mêmes émotions et je me dis que c’est le summum des émotions que je peux ressentir en tant qu’artiste”.

Pourquoi décider maintenant de chanter en hébreu?

Shirel: “Je pense qu’après dix-huit années passées en Israël, c’est le moment. C’est une sorte de deuxième Alya (montée en Israël) pour moi. Je recommence à zéro. Je ne suis plus la “fille de”. Je ne suis personne d’ailleurs. Mais je suis heureuse. Les deux singles sortis passent en radio.Cela représente pour moi un grand pas de chanter en Hébreu. Cela signifie beaucoup de choses pour moi. Je pensais que j’en étais incapable et que cela allait être ridicule”.

Clip Shirel dernier album: http://www.youtube.com/watch?v=N7cXN-cq2ME

Vous parlez souvent d’amour dans vos chansons, mais au regard de votre parcours et de votre vie, on se dit mince pourquoi elle ne chanterait pas des chansons plus trashs comme du rock, par exemple. 

Shirel:(Surprise): “Franchement non pas du tout, je pourrais peut-être faire des arrangements mais non du rock”.

Je dis ça car on ressent chez vous, une forme de violence, mais dans le bon sens du terme. Vous aimez vous mettre en danger…

Shirel: “Oui c’est vrai ce que vous dîtes. C’est d’ailleurs la première fois que quelqu’un le remarque. Les gens en général ne ressentent pas cela chez moi”.

Je dis ça aussi car vous avez été capable de répondre à Djamel Bouras (champion olympique français de judo à Atlanta en 1996) devant des millions de téléspectateurs

Shirel: “Mais qui est Djamel Bouras entre nous?. Mais au delà de Djamel Bouras, ce n’est pas parce que j’ai des convictions et que je les défends avec force que je dois faire du rock même si je comprends votre assimilation.J’ai une voix certes puissante mais pas faite pour ce genre de musique”.

Aux côtés d'une véritable artiste de talent à quelques jours de son concert "Double Je"

Aux côtés d’une véritable artiste de talent à quelques jours de son concert “Double Je”

3/Relation avec sa mère

Quel type de mère est Jane Manson ?

Shirel: “Difficile de répondre à cette question. Ce que je peux dire c’est qu’elle n’a jamais été une mère au foyer, ni une mère juive dans tous les sens du terme, mais c’est une mère originale, enthousiaste. C’est d’ailleurs le plus beau cadeau qu’elle m’est transmise, c’est cette joie de vivre et cet enthousiasme”.

Sa célébrité vous a-t-elle gêné ?

Shirel:Oui beaucoup. Il faut savoir que ma mère était une grande star dans les années 70-80. Elle a tout de même vendu, trente millions d’albums Donc jusqu’à l’âge de sept ans, je n’en avais pas conscience mais après quand tu avances dans le temps, à dix, onze, douze ans, cela commence à t’énerver. Et après l’adolescence, cette célébrité ne te pèse plus”.

Qu’a-t-elle pensé lorsque vous vous avez épousé la religion juive ?

Shirel: “C’était difficile au départ. Elle a eu beaucoup de mal à l’accepter. Mais comme dans chaque histoire cela part du très bas pour aller vers le très haut. Je pense qu’aujourd’hui, elle est très heureuse pour moi, d’autant plus que c’est une personne très attachée au spirituel, elle a compris mon cheminement, mon choix”.

4) Le spectacle “Double Je”

Avant d’évoquer le spectacle “Double Je”, j’aimerais savoir ce que vous ressentez lorsque vous monter sur scène?

Shirel:”Comme dit Billy Eliott “Electricity”. Il y a des moments magiques, spéciaux. Je comparerais ce lien avec la prière.Lorsque je parviens à sortir certaines notes, certains sons de ma voix et que je suis à 10,000% de mes capacités alors c’est comme si j’étais en connexion avec D-ieu.”

D’où est venu l’idée de monter ce spectacle ?

Shirel: “Tout d’abord, je tiens à préciser que je chanterais sur scène les dernières chansons tirées de mon nouvel album. Ensuite sur l’idée de ce spectacle, c’est ce qui je disais auparavant sur les difficultés de ma relation avec la célébrité de ma mère, autant aujourd’hui, je suis fière de monter avec elle sur scène. Je souhaite créer des souvenirs avec elle, ensemble. Ce spectacle, c’est une façon pour moi de boucler la boucle”.

A quel type de concert vont assister les spectateurs de Netanya et Tel Aviv ?

Shirel: “Il y aura déjà beaucoup d’émotions. Ma mère et moi sommes émues de faire ce spectacle. Elle est très fière de pouvoir chanter tous ces tubes en Israël. Il faut savoir que ma mère se trouve à la maturation de sa carrière et c’est vraiment bien de pouvoir l’entendre chanter ses chansons connues et moi je chanterais mes chansons encore inconnues du public”.

C’est aussi pour cela que ce spectacle s’appelle “Double Je”

Shirel: Effectivement,comme Double Jeux et Double Je, double identité.

Après Israël, d’autres représentations sont elles prévues ?

Shirel: Oui, un producteur nous a proposé de prolonger le plaisir avec plusieurs dates en France avec des représentations prévues pour la fin de cette année.

Pensez vous que Jane Manson  est fière de Shirel aujourd’hui ?

Shirel: “Évidemment, elle est fière de ma sœur et de moi. C’est une mère qui aide, qui pousse et qui nous aide tous les jours à avancer et à se surpasser”. 

Réservations billets concerts: http://www.spectacles-israel.com/popup.php?id=13862.

Double concert Shirel-Jane Manson à l'Université de Netanya le 11 novembre et le 13 au Théâtre Tsavta de Tel-Aviv.

Double concert Shirel-Jane Manson à l’Université de Netanya le 11 novembre et le 13 au Théâtre Tsavta de Tel-Aviv.