La date du 23 octobre 2011 résonne encore dans mémoires des Tunisiens. Le parti Ennahada remportait alors les élections post- révolution, neuf mois seulement après la chute du président Ben Ali. La Tunisie s’était laissé charmé par les promesses de détente et de démocratie du candidat Ghannouci. Deux ans plus tard, les cris de victoire ont laissé place aux cris de révolte. Le bruit de la rue n’a pas faibli et les Tunisiens rêvent toujours de liberté.

En ces jours charnières pour l’Histoire de la Tunisie, je suis parvenu à arracher l’analyse d’un opposant au régime tunisien qui a préféré garder l’anonymat. Un témoignage qui traduit la profonde blessure de l’arrivée au pouvoir des islamistes. Aujourd’hui, selon lui, les tunisiens réclament leur dû. Avec ces mots et avec son cœur il rêve de liberté, il aspire à voir entrer la Tunisie dans un nouveau monde celui de l’entente et de la tolérance. États des lieux.

Un drapeau tunisien sur un cercueil, des funérailles, une scène de la vie quotidienne du pays depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes.

Un drapeau tunisien sur un cercueil, des funérailles, une scène de la vie quotidienne du pays depuis l’arrivée au pouvoir des islamistes.

“L’arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahada coïncide pour nous avec le début du cauchemar. Leur large victoire leur a offert l’accès à l’Assemblée constituante face à une opposition plus faible que jamais. Deux ans plus tard, si l’on m’avait dit que la démocratie, c’était cela, jamais je ne l’aurai soutenue.

Nous sommes donc à quelques jours du 23 octobre 2013 et au lieu de fêter la liberté, nous pleurons, et la situation est plus que chaotique .La politique pro-Jihadiste du gouvernement a conduit les tunisiens vers d’autres horizons beaucoup plus tortueux. Pour moi, les partisans à ce régime sont devenus des mercenaires, des combattants de l’ombre que l’on envoie comme de la chaire à canon en Libye ou en Syrie.

Figurez vous qu’aujourd’hui, on voit flotter dans les rues de Tunis et d’ailleurs, des drapeaux d’Al-Qaïda et même comble de l’horreur des drapeaux nazis. Lors des réunions politiques des groupes salafistes, les leaders appellent à tuer les mécréants et les opposants .

Au fil du temps tous ces groupes salafistes qui sont devenus, par ailleurs, le bras armé du pouvoir, se sont organisé, bien aidé par les deniers de l’État islamiste. De nombreux combattants de l’armée tunisienne sont désormais entraînés par des agents du Hamas basé à Tunis. Ils profitent de toute l’organisation et logistique nécessaire pour mener des attaques contre des militaires aux frontières et assassiner des opposants politiques .

Ces règlements de comptes sont devenus monnaie courante en Tunisie depuis deux ans. Pour moi, Ennhada est le seul responsable. Il manipule et il tue sans discernement. Depuis deux ans, il montre au monde son incompétence à gérer les affaires de l’État. En parallèle, la situation économique et sécuritaire s’est fortement dégradée et au regard du ras- le-bol général suscité par cette gestion désastreuse, l’opposition s’est heureusement renforcée.

Elle s’est consolidé grâce à l’union de plusieurs courants démocratiques. Des Sit-in se sont organisés spontanément dans la rue et dans les universités.Près de 450,000 personnes ont battu le pavé pour crier leur refus de voir la Tunisie sombrer dans l’islamisme radical et dans le terrorisme d’État. Face à la grogne du peuple, les islamistes ont, ainsi, accepté de dialoguer pour proposer une solution à tout ce vacarme. Ils nous ont indiqué qu’ils étaient prêts à quitter le pouvoir et, par conséquent, provoquer de nouvelles élections. Or, cette proposition n’était que de la poudre aux yeux. Ennahada en a profité pour éliminer plus d’opposants et ainsi garantir sa victoire lors de prochaines élections.

Au final, grâce au travail de sape de l’administration Obama, Ennahdha a mis en berne les manœuvres politiques et les règlements de comptes. Rached Ghannouchi le chef du Parti islamiste a tendu la main aux partisans de l’ancien régime de Ben Ali  Un accord entre les deux parties prévoit la libération prochaine de prison de plusieurs anciens ministres.

Ce n’est pas un hasard si c’est un 23 Octobre 2013 que le processus démocratique va s’enclencher et mettre à cette période transitoire qui ne devait durer qu’un an tout juste. J’espère que la Tunisie va s’en sortir mais nous sortons de deux années de douleurs, de sacrifices, de brimades. Nous avons vu tomber la Tunisie aux mains des salafistes qui seront, désormais, difficiles à remettre en prison”

M.T