Le FC Barcelone en Israël. Le meilleur club du monde dans le plus beau pays de la surface du globe. C’est le mariage rêvé. L’entente parfaite. Même si notre pays n’est pas connu pour être un grand pays de football voire même de sport, la venue du club catalan en Terre Sainte sonne comme une évidence tant l’amour des Israéliens pour le Barça est infini. Même sans invitation, je ne voulais manquer cet événement sous aucun prétexte. Voici le récit de la rencontre entre Israël, Messi et la Houtspa (le culot), made in bleue et blanche.

Le FC Barcelone représente pour moi, l’enfance. Un jour, mon père m’a mis entre les mains une BD, d’Eric Castel. C’était l’histoire d’un joueur français, fictif, qui avait intégré les rangs du club blaugrana dans les années 80. C’était l’époque des Julio Salinas, Alexanko, Munoz et Carrasco. L’auteur franco-belge Raymond Reding nous narrait ses exploits avec en trame l’histoire de Pablitos (d’enfants) des Ramblas de la cité catalane qui rêvait d’intégrer la Masia, l’école de football du FC Barcelone. Je sentais l’odeur de cette ville qui respire le football et ressentais l’importance de ce club dans le monde.

Eric Castel, héros de bande dessinée. Il incarnait un joueur du FC Barcelone.

Eric Castel, héros de bande dessinée. Il incarnait un joueur du FC Barcelone.

Le FC Barcelone c’est aussi les premières images de football étranger à la télévision française. Je me souviens de ces ambiances de feu les soirs de Clasico face à l’ennemi juré, le Real Madrid. Mais ce qui me frappait, c’est la facilité avec laquelle cette équipe développait son jeu avec les buts qui s’enchainaient. Pour moi et pour beaucoup, le Camp Nou, le stade du Barça, mesurait un kilomètre de long sur 500 mètres de large et on voyait des pions se déplacer à la vitesse de l’éclair. Mais ce qui me faisait rêver par-dessus tout, c’était les cages des buts. Elles étaient immenses avec une peinture noire sur les extrémités basses des poteaux. Allez comprendre pourquoi cela m’enchantait lorsque je voyais ce roc de Julio Salinas ou Michael Laudrup frapper le poteau et mettre la balle au fond des filets. J’en ai encore des frissons.

L’émotion, c’est le Barça. Et c’est donc avec cette émotion que près de 30 ans après avoir lu les exploits d’Eric Castel et vibrer à chaque dribble de Romario, je m’apprête à aller voir de mes yeux vus tous ces Pablitos qui rêvaient un jour de porter la tunique blaugrana (bleu et grenade) du club catalan.

Mais du rêve à la réalité, il y a souvent un monde d’écart. Pour avoir la chance de profiter de ce moment, il faut s’offrir la possibilité de rentrer dans le stade Bloomfield de Tel-Aviv où est organisé l’événement. Événement parrainé par le centre Pères pour la Paix et le ministère israélien de l’Éducation. Les deux organismes ont eu la bonne idée de réunir enfants juifs et arabes à participer à un entrainement en compagnie des joueurs, cette fois actuels, du FC Barcelone. 14.000 autres bambins ont, eux aussi, été invités à remplir le stade pour vibrer aux jonglages de Léo Messi, la star argentin du Barça et autres Xavi ou Iniesta.

Après de multiples mails envoyés aux organisateurs de la fête. Aucune réponse ne m’est parvenue. Mais il fallait bien plus pour me faire renoncer à voir le FC Barcelone et ses stars dans mon pays. Cela arrivera peut-être qu’une fois dans ma vie. Nous vibrons chacun, chaque semaine, au rythme de leurs exploits au Camp Nou et sur la scène européenne, personne ne m’empêchera, donc, de chanter la gloire du Messi le temps d’une après-midi. J’ai toujours entendu qu’il fallait se préparer à sa venue. Le voilà arriver à destination, cela se fera donc donc avec moi.

Dimanche 4 août. Voici la date prévue pour la rencontre. Direction Jérusalem et le Mur des Lamentations (Kotel en Hébreu). Il fait chaud et le service d’ordre est sur les nerfs. Tout est bouclé. Impossible d’apercevoir Neymar et consorts. La présence journalistique est importante. Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, prend la pose avec toute l’équipe et un maillot floqué du numéro 13. La première partie du chiffre divin dans la ville de D-ieu. Tout un symbole.

Je comprends très vite que pour espérer approcher les stars catalanes, il va falloir vite rejoindre Tel-Aviv et son stade Bloomfield. Le soleil tape fort. La bouteille d’eau est une nécessité vitale pour ne pas finir la journée aux urgences. Hydratation et vite on file à Tel-Aviv à la poursuite du Messi.

Il est 13h50 lorsque j’arrive aux abords du stade. Les groupes d’enfants censés remplir l’arène se sont regroupés sur les pelouses environnantes. Un petit groupe de supporter Israélien du Barça s’est réuni pour prendre la pose avec maillots et fanions à la gloire du club. L’effervescence n’est pas encore là. Les rues ne vrombissent pas encore du bruit de la ferveur catalane.

Des jeunes supporters du FC Barcelone à l'entrée du stade Bloomfield de Tel-Aviv

Des jeunes supporters du FC Barcelone à l’entrée du stade Bloomfield de Tel-Aviv

C’est ma chance. Le silence et le calme activent une plus grande lucidité d’esprit, et ce, malgré la chaleur suffocante de Tel-Aviv. Refaire le vide, réfléchir à l’angle d’approche en quelques secondes et c’est parti.

Si l’enfance, c’était Eric Castel, Barça et Paris, aujourd’hui, c’est Israël et son culot.  Cette Houtspa, comme disent les Israéliens qui permet de franchir des sommets et de réaliser ses rêves les plus fous. C’est donc sans billet ni aucune invitation que je dois entrer à l’intérieur du stade. Au vu de l’important service de sécurité, cela relève de la Mission Impossible. Mais comme l’adage le dit “impossible n’est pas Français”.

Tiens français, je le suis. Pourquoi ne pas faire communier toutes les facettes de ta réalité pour réaliser ton rêve. Je décide donc d’oublier mes années passées à l’Oulpan “cours d’apprentissage de l’hébreu”. Je ne suis plus le franco-israélien du quotidien. Je suis le journaliste tricolore venu de ma Gaule natale souhaitant entrer dans le pays de ses rêves.

Pour ce faire, il faut parle le langage du touriste, l’anglais. Sauf qu’en Gaule, je l’ai apprise en mode “look at that big dog”, comme si nous étions inaptes à parler une autre langue ou que nous étions tous sourds et muets ou comme si Molière était raciste de Sheakspeare. Fort heureusement, j’ai pu parfaire mon British ici en Israël pour éviter de parler comme une vache espagnole.

Justement, aujourd’hui, il est question d’Espagne et de Catalogne. Et pour éviter le charabia, je vais me muer en Conquistador franco-anglais. Vive l’Union Européenne.

Je demande en anglais où se trouve la tribune réservée aux médias. On m’indique la porte correspondante. Avec mon physique de Normand, ma tête d’allemand nord-africain, mon sac en bandoulière et mes chaussures de français cela passe comme une lettre à la poste.

Dès mon arrivée à cette porte , je repose la même question et c’est là qu’un caméraman arrive. Toujours la même interrogation en anglais avec l’accent parisien. Il se mue en Google translation traducteur hébreu-anglais. Bien sur, j’ai tout compris. Il lui a juste dit que j’étais un journaliste français et qu’il fallait me laisser entrer. Et comme Google est ton ami, le responsable de la sécurité s’est exécuté sans piper mot. Je n’osais y croire mais j’avais réussi à franchir le premier cordon.

Direction à présent, la salle de presse. Pas besoin de passe-partout pour m’ouvrir la porte, mais elle s’ouvre toute seule. Un homme sort. Je rentre. Quelques personnes attendent. Je leur demande si je suis bien dans la tribune réservée aux journalistes. Cela m’est confirmé. Il est 14h30 environ. Les joueurs sont censés arriver sur la pelouse à 18h30. Commence alors un long silence. Il va falloir se faire tout petit. Ne rien dire. Ne pas se faire remarquer. Attendre sagement le début des “hostilités”.

Le caméraman israélien rencontré à la porte d’entrée du stade fait son apparition dans la salle. Je m’enquiers auprès de lui, de savoir s’il ne faut tout de même pas obtenir une autorisation ou un pass d’accès aux tribunes. Il me répond effectivement que la reconnaissance s’effectuera à travers un bracelet de différentes couleurs et que les caméramans seront vêtus d’une veste de couleur orange.

Il me propose de le suivre jusqu’au bureau des organisateurs de l’événement. Lui obtient son précieux sésame et leur dit en hébreu, une nouvelle fois, que je suis journaliste français, que je ne parle pas l’hébreu et qu’il va falloir m’aider. Je leur répète que je suis journaliste français et leur montre le mail qu’ils m’avaient envoyé trois jours plus tôt. Je leur dis que je suis venu en pensant avoir obtenu l’autorisation. Et là, c’est quitte ou double. Soit il met fin à ton rêve, soit il te laisse un espoir. Il m’a donné une bouteille d’eau et m’a dit de patienter peut-être qu’une place allait se libérer. Personne, depuis ma rencontre avec un grand Rabbin, ne m’avait dit d’attendre avec une bouteille d’eau à la main tout en espérant la délivrance.

Je retournais dans la salle réservée aux journalistes. Le service de sécurité s’est mis devant mes yeux en ordre de combat. Je restais silencieux dans mon coin. J’étais presque invisible. Plus personne dans la salle hormis les vendeurs de la buvette. Je ne comprends toujours pas comment aucun membre de cette sécurité ne soit pas venu vers moi pour me poser des questions. Cela doit être la bouteille d’eau. Elle devait être bénite.

Voici que certains journalistes font leur entrée dans la salle et se dirigent vers la tribune. Je décide de les suivre. Personne encore n’a remarqué que je n’étais pas entrée avec eux. Je prenais place dans la tribune située  proche de la cabine de commentateurs. Là aussi, grande discrétion. J’avais franchi toutes les barrières de sécurité, sans billet, ni bracelet, ni invitation, ni papier, ni stylo, sans caméra et en me faisant passer pour un journaliste français. Pour tout vous dire cela m’inquiétait plus qu’autre chose lorsqu’on sait que le Président Shimon Pères était présent avec le Président du FC Barcelone, Sandro Rossel et toute l’équipe catalane avec Léo Messi.

Bon je n’étais ni Clay Shaw ou Lee Harvey Oswald mais j’observais les aller et venus des journalistes et autres officiels. J’étais déjà heureux d’être là à pouvoir assister physiquement à la venue du Barça en Israël.

Mais cette après-midi était décidément placée sous le signe de l’insolite et de l’imprévu. La sonnerie de mon téléphone portable brisait ma quiétude. L’une des organisatrices de l’événement m’appelait pour m’annoncer qu’une place s’était finalement libérée. Je n’osais y croire. Je ne lui ai bien sur pas dit que j’étais resté dans le stade. Quelle ne fut pas son étonnement de me voir arriver en moins de deux minutes à son bureau. Elle voulait me poser sa question. Je lui ai dis que je lui expliquerais un jour. Elle me donnait mon billet. Je n’étais plus un vulgaire squatter sur une terre étrangère. Elle m’avait offert mon ticket d’entrée pour voir de près les Pablitos de mon enfance. Me voici au premier rang aux côtés de ceux qui m’ont refusé l’accès à l’exercice du métier de ma vie. Curieux pied de nez divin. Xavi, Iniesta, Sergio Busquets ou Dani Alves étaient là devant moi à suer sur la pelouse parfaite de Bloomfield. L’ambiance était superbe. Les enfants n’avaient d’yeux que pour le lutin argentin de Rosario.

http://youtu.be/AKp_Nhp8YR0

Moi j’avais la tête dans les étoiles, bien heureux d’avoir réconcilié en une journée, français, anglais et israélien. Une dernière photo du Messi avant de quitter les lieux. C’est aussi tout cela être journaliste.

Leonel Messi, la star du FC Barcelone.

Leonel Messi, la star du FC Barcelone.

Toute l'équipe du FC Barcelone sur la pelouse de Bloomfield avec en premier plan le brésilien Neymar, l'autre star de l'équipe.

Toute l’équipe du FC Barcelone sur la pelouse de Bloomfield avec en premier plan le brésilien Neymar, l’autre star de l’équipe.